Chapitre 3 – Les commissions d’enquête canadiennes



Les récentes commissions d’enquête menées au Canada continuent de démasquer et de dénoncer des thèmes avec lesquels nous sommes maintenant familiers et dont il est souvent question lorsque des personnes innocentes ont été emprisonnées pour des crimes qu’elles n’ont pas commis.

On ne saurait trop insister sur l’importance de ces enquêtes sur des cas particuliers – elles ont permis à l’ensemble des intervenants du système judiciaire, et à la population en général, de comprendre que les erreurs judiciaires sont inhérentes à notre système de justice et qu’elles ne sont pas aussi rares qu’on l’avait d’abord cru. Qui plus est, elles attirent l’attention sur un certain nombre de thèmes convergents dont il faut tenir compte dans les efforts déployés en vue de prévenir la commission d’erreurs judiciaires au Canada. Les rapports incitent l’ensemble des intervenants du système judiciaire à la prudence et constituent une lecture obligatoire pour ceux et celles qui souhaitent empêcher que de tristes histoires du genre se répètent.

Depuis que le Rapport de 2005 a été rendu public, quatre commissions d’enquête ont publié leur rapport.

a) La Commission d’enquête Lamer relative aux affaires Gregory Parsons, Ronald Dalton et Randy Druken

En juin 2006, le gouvernement de Terre-Neuve-et-Labrador a rendu public le rapport de la commission d’enquête sur les affaires Gregory Parsons, Ronald Dalton et Randy DrukenNote de bas de page 66, présidée par le très honorable Antonio Lamer, ancien juge en chef de la Cour suprême du Canada. Le rapportNote de bas de page 67 comprend plus de 40 recommandations touchant tous les aspects du système de justice pénale, de l’aide juridique à la culture gouvernementale, en passant par les enquêtes policières.

Le rapport peut être consulté à l’adresse suivante : http://www.justice.gov.nl.ca/just/publications/lamerreport.pdf (PDF, 18 Mo). Nota : Pour voir ces fichiers vous aurez besoin du lecteur Adobe Acrobat.

b) Rapport de la Commission d’enquête sur certains aspects du procès et de la condamnation de James Driskell

En février 2007, le gouvernement du Manitoba a rendu public le rapport de la Commission d’enquête sur certains aspects du procès et de la condamnation de James DriskellNote de bas de page 68, présidée par l’honorable Patrick LeSage, ancien juge en chef de la Cour supérieure de justice de l’Ontario.

Le 14 juin 1991, M. Driskell a été déclaré coupable du meurtre au premier degré de Perry Harder et condamné à l’emprisonnement à perpétuité, sans admissibilité à la libération conditionnelle pendant 25 ans.

Le 3 mars 2005, le ministre fédéral de la Justice a annulé la déclaration de culpabilité et ordonné la tenue d’un nouveau procès. Le même jour, le gouvernement du Manitoba a suspendu les procédures concernant l’accusation de meurtre.

Dans son rapport, le commissaire LeSage a conclu qu’il y avait eu un certain nombre de [traduction] « violations graves des obligations fondamentales de divulgation de la preuve sur le plan institutionnel »Note de bas de page 69 qui ont contribué aux erreurs judiciaires dont a été victime M. Driskell. Il ajoute qu’« [i]l n’est pas sérieusement contesté que M. Driskell a été incarcéré pendant treize ans, un mois et sept jours pour un crime pour lequel il a été injustement condamné »Note de bas de page 70.

Le commissaire LeSage a formulé un certain nombre de recommandations concernant la prise de notes par les policiers, la divulgation d’éléments de preuve postérieurement à la déclaration de culpabilité, les témoins douteux, les mises en accusation directes, les preuves microscopiques de comparaison de cheveux ainsi que le recours au sursis des procédures.

Le rapport peut être consulté à l’adresse suivante : http://www.driskellinquiry.ca/pdf/final_report_jan2007.pdf (PDF, 5.4 Mo). Nota : Pour voir ces fichiers vous aurez besoin du lecteur Adobe Acrobat.

c) Commission d’enquête sur la condamnation injustifiée de David Milgaard

En septembre 2008, le gouvernement de la Saskatchewan a publié le rapport de la Commission d’enquête sur la condamnation injustifiée de David MilgaardNote de bas de page 71.

En 1970, M. Milgaard a été déclaré coupable de meurtre non qualifié pour l’assassinat brutal, en 1969, de l’aide-infirmière Gail Miller dans une allée de Saskatoon couverte de neige. Le 28 décembre 1988, M. Milgaard a demandé au ministre de la Justice une révision de sa condamnation conformément à l’article 690 du Code criminel alors en vigueur. Le 27 février 1991, le ministre de la Justice a rejeté la première demande de M. Milgaard; cependant, après une deuxième demande, le gouverneur en conseil a renvoyé l’affaire à la Cour suprême du Canada le 28 novembre 1991.

Le 14 avril 1992, suivant la recommandation de la Cour suprême, la ministre de la Justice a annulé la déclaration de culpabilité et ordonné la tenue d’un nouveau procès pour M. Milgaard. Le 16 avril 1992, le procureur général de la Saskatchewan a inscrit une suspension des procédures à l’égard de cette mise en accusation. La preuve génétique a permis d’exonérer M. Milgaard et a été utilisée pour déclarer Larry Fisher coupable du meurtre de Gail Miller. M. Milgaard a finalement reçu un dédommagement de 10 000 000 $.

En février 2004, le gouvernement de la Saskatchewan a créé une commission d’enquête sur la condamnation injustifiée de M. Milgaard, dont la présidence a été confiée au juge Edward P. MacCallum de la Cour du Banc de la Reine de l’Alberta.

L’enquête s’est déroulée de janvier 2005 à décembre 2006, ce qui représentait 191 jours d’audience. Au total, 114 personnes ont témoigné et plus de 3 200 documents ont été déposés en preuve.

Le commissaire a formulé 13 recommandations concernant des questions comme la conservation des pièces produites au cours du procès et des dossiers de la police et de la poursuite, les déclarations prises auprès des jeunes, le dédommagement des personnes injustement condamnées et le secret des délibérations du jury.

Le rapport peut être consulté à l’adresse suivante : http://www.milgaardinquiry.ca/.

d) Commission d’enquête sur la médecine légale pédiatrique en Ontario

En octobre 2008, le gouvernement de l’Ontario a publié le rapport de la Commission d’enquête sur la médecine légale pédiatrique en OntarioNote de bas de page 72.

La Commission, dirigée par le juge Stephen Goudge de la Cour d’appel de l’Ontario, a fait 169 recommandations visant à améliorer le système de médecine légale pédiatrique en Ontario.

L’enquête a été commandée en avril 2007 après que le Bureau du coroner en chef de l’Ontario eut rendu publics les résultats de la vérification de 45 affaires de décès suspects d’enfants survenus entre 1991 et 2002, dans le cadre desquelles le Dr Charles Smith, pathologiste judiciaire, avait procédé à une autopsie ou avait été consulté.

En ce qui concerne 20 de ces affaires, le groupe d’experts en médecine légale de renommée internationale était en désaccord avec les conclusions données par le Dr Smith dans ses rapports écrits ou lors de ses témoignages. Pour un certain nombre d’entre elles, les experts estimaient que le Dr Smith [traduction] « avait tiré des conclusions au sujet de la cause de la mort qui n’étaient pas raisonnablement étayées par les éléments disponibles pour la vérification ». Douze de ces affaires ont conduit à une déclaration de culpabilité et une autre, à un verdict de non-responsabilité criminelle.

Le mandat de la Commission d’enquête était de procéder à un examen et à une évaluation systémiques des politiques, des méthodes, des pratiques, des mécanismes de responsabilisation et de surveillance, des mesures de contrôle de la qualité et des aspects institutionnels de la médecine légale pédiatrique en Ontario de 1981 à 2001 en ce qui concerne son exercice et son rôle dans les enquêtes et dans les instances criminelles. Le commissaire a été chargé de formuler des recommandations visant à rétablir et rehausser la confiance du public envers la médecine légale pédiatrique en Ontario.

La Commission a entendu 47 témoins, tenu 16 tables rondes et étudié 36 000 documents.

Le commissaire Goudge a conclu qu’il y avait eu un « manque de supervision » à tous les niveaux : « Les mécanismes de supervision et de responsabilisation qui existaient alors étaient non seulement inadéquats pour effectuer ces tâches, mais aussi mal employés par ceux qui en avaient la responsabilitéNote de bas de page 73. »

La Cour d’appel de l’Ontario a également accepté d’entendre plusieurs appels de décisions rendues dans des affaires où le Dr Smith a témoigné.

Le rapport d’enquête peut être consulté à l’adresse suivante : http://www.attorneygeneral.jus.gov.on.ca/inquiries/goudge/fr/index.html

Le tableau présenté dans les pages qui suivent compare les principales recommandations formulées dans le cadre des quatre récentes commissions d’enquête, ainsi que celles formulées dans les trois rapports dont il a été question dans le Rapport de 2005. En outre, chacun des chapitres ci-après reproduit les recommandations des commissions d’enquête concernant le sujet dont il est question dans le chapitreNote de bas de page 74.

Le présent rapport ne vise clairement pas à répondre à chacune des recommandations des commissions d’enquête, et la reproduction qu’en fait le sous-comité ne signifie pas nécessairement qu’il les sanctionne. Ces recommandations servent toutefois de point de départ utile à des discussions sur le sujet et, dans ses délibérations, le sous-comité les a prises soigneusement en considération. Par ailleurs, dans bien des administrations, de nombreux efforts ont été faits pour donner suite à ces recommandations et les mettre en œuvre, et il en est fait état dans chacun des chapitres.

Recommandations formulées dans le cadre des commissions d’enquête

1. Preuves médico-légales

MorinNote de bas de page 75

SophonowNote de bas de page 76

Driskell

Goudge

Milgaard

2. Dénonciateurs sous garde

MarshallNote de bas de page 77

Sophonow

Lamer

Driskell

a) Procédure utilisée par la partie poursuivante pour recourir à des dénonciateurs sous garde

Morin

Lamer

Sophonow

b) Mise en garde du jury

Morin

Sophonow

Lamer

3. Police

a) Formation des agents

Marshall

Morin

Sophonow

Lamer

Driskell

b) Toutes les entrevues de suspects doivent être enregistrées sur bande magnétosco-pique ou sonore

Marshall

Morin

Lamer

Driskell

Sophonow

Milgaard

c) Il faut encourager la police à enregistrer sur bande magnétoscopique les entrevues des témoins dont le témoignage peut être contesté en cour

Morin

Lamer

Sophonow

Milgaard

d) Il faut accorder une attention spéciale à certaines catégories de témoins au moment de leur entrevue

Marshall

Sophonow

Lamer

e) Témoins d’un alibi : des policiers autres que ceux faisant enquête sur l’accusé doivent faire enquête sur l’alibi de ce dernier

Morin

Sophonow

f) Évitement des idées préconçues (vision étroite des choses)

Morin

Sophonow

Milgaard

g) Utilisation de tests polygraphiques

Morin

Sophonow

h) Utilisation restreinte de l’établissement d’un profil criminel

Morin

i) Établir une politique exhaustive et uniforme au sujet de la conservation des calepins des policiers

Morin

Sophonow

Lamer

Driskell

Milgaard

j) Préservation des pièces à conviction

Milgaard

Sophonow

k) Identification des témoins oculaires

Sophonow

l) Enquête sur une personne disparue

Morin

m) Prise de notes

Morin

Lamer

4. Couronne

Lamer

Driskell

a) Formation

Marshall

Morin

Driskell

Lamer

Milgaard

b) Force de la preuve

Morin

Sophonow

Lamer

Driskell

c) Techniques d’entrevue

Morin

Lamer

d) Plaidoiries de la Couronne

Morin

Lamer

Driskell

e) Divulgation par la Couronne

Marshall

Morin

Driskell

5. Absence d’examen indépendant en cas de condamnation injustifiée

Marshall

Morin

Lamer

Driskell

Sophonow

Milgaard

6. Relation entre la Couronne et la défense

Morin

Sophonow

Lamer

7. Absence de divulgation d’alibi

Morin

Sophonow

8. Manque de sensibilité du système de justice pénale aux minorités visibles

Marshall

9. Traitement de l’accusé

Morin

10. Mise en garde du jury

Morin

Sophonow

11. Pouvoirs restreints de la cour d’appel

Morin

Lamer

12. Procédure suivie pour le dépôt d’accusations

Marshall

13. Manque de clarté des questions relatives à l’intérêt public

Marshall

14. Modifications au Code criminel

Lamer

Milgaard

15. Magistrature

Lamer

16. Indemnisation

Milgaard

Date de modification :